*** « Puis c'est humain après tout. C'est difficile à reprocher et impossible à retenir, le départ des sentiments, le changement de direction. On accepte sur le moment, on le refuse par la suite jusqu'à ce que la raison revienne, jusqu'à ce que l'espoir disparaisse peu à peu. C'est étrange à dire quand même : on s'est perdus de vue alors que l'on ne cesse de se voir. Ce paradoxe me fera toujours sourire. D'ailleurs, ce que je retiens ce sont ses instants, ce lien que l'on croyait plus fort que tout, ses mots à n'en plus finir. On aimait celle d'avant. La personne d'avant.
***Puis, comme après chaque rupture, tout s'efface avec le temps. Les objets, les attentions brillent par leurs absences; on ne ressent plus cette importance d'autrefois, seulement une pointe de nostalgie; on en garde une dernière, histoire de. De ne pas s'oublier ? De voir que maintenant tout à changer ? De savoir que tout est terminé ? Histoire de, c'est tout. Ne pas chercher à comprendre, comme un ultime regret, comme pour se dire « qui sait » même si on ne sait pas. Elle est là cette photo, au mur, dans un cadre, ou dans un album que l'on ne regarde plus, mais elle est là. C'est tout ce qui compte.
***Y aura toujours ces petites ressemblances qui donneront le sourire, tu sais ce sourire aux coins des lèvres qui s'efface en quelques secondes, celui qui respire l'inachevé, celui qui réveille tes pensées, qui t'interpelle puis qui te laisse revenir à la réalité. Y aura toujours ces lieus, aussi, qui ne seront pas inconnus à la mémoire et qui te feront prendre conscience que le temps est passé, si vite que ton regard s'est détourné. Ce n'est pas une question de faiblesse, d'envie mais aujourd'hui la sensibilité n'est plus la même, elle ne s'arrête plus à l'inutile, sur ce qui est déjà parti. Autant aller de l'avant, autant oublier ce qui ne peut se rattrapper.
***Mais, tu sais, ça me fais peur aussi quelques fois: quand l'indifférence reprend le dessus, quand plus rien ne me traverse alors qu'avant ça aurait pu me faire culpabiliser pendant des heures. Ce n'est pas la douleur qui me manque mais les sentiments. Aujourd'hui, je prends le risque de tout délaisser car je sais que je ne les reverrais plus, ces images où l'on se faisait tant de mal, ces mensonges cachant toujours une pointe de vérité, ces choses que l'on aurait voulu se dire au bon moment et qui sont arrivées en retard.
***Faut dire, c'est toi qui a commencé à partir. Et c'est moi qui n'ai pas voulu te suivre, qui suis restée là à t'attendre car je savais que ça ne menerait à rien, que l'on ne se croiserait plus même si l'on prendrait la même route car je savais que tu n'allais pas te retourner. Aujourd'hui, j'en ai la certitude.»